#11 – Rencontre avec Anais Immas, Investment professional chez Generate et alumni ESE

21 avril 2026

Anais Immas a occupé le poste de Trésorière au sein d’ESSEC Solutions Entreprises en 2009. Après avoir été Vice President au sein de Total Energies, elle est actuellement Investment professional chez Generate.

Anais Immas revient sur ses années à l’ESSEC et son début de carrière.

Années à l’ESSEC

Quels ont été les moments forts de votre ESSEC ?

La Chaire Entrepreneur Social a été l’expérience la plus marquante pour moi. J’avais toujours eu un attrait pour les sujets sociaux et environnementaux, et ça m’a permis d’explorer vraiment ces thématiques. La promo était top, très soudée. Le cursus était aussi génial : beaucoup de terrain, beaucoup de rencontres avec des associations, du temps avec les gens qui travaillent dans ce milieu.

Si je dois en donner une deuxième, c’est ESE. C’est la première expérience professionnelle qui dure plus longtemps qu’un stage et qui est vraiment engageante. On est beaucoup plus responsabilisés que dans un stage. Ces deux-là, c’était clairement les moments forts de mon passage à l’ESSEC.

Et en termes de cours, est-ce qu’il y a quelque chose qui a particulièrement façonné votre parcours ?

Il y a un cours de négociation qui m’a vraiment marqué et qui m’a donné envie d’être davantage sur la partie business management : négocier des contrats, être vraiment dans le côté structuration et négociation. Tous les cours de l’ESSEC étaient globalement très inspirants avec des intervenants de qualité.

Premiers pas dans l’énergie

Comment êtes-vous arrivée dans le secteur de l’énergie ? Qu’est-ce qui vous a poussée à vous orienter vers les énergies renouvelables et l’infrastructure durable ?

Je suis rentrée par la porte du financement de projet, via mon dernier stage à l’ESSEC chez Vinci Investments à Londres. Ils faisaient du financement de projet sur des partenariats publics-privés : des casernes de pompiers, des hôpitaux, des tramways. J’avais envie de travailler en finance, mais sur des projets très concrets, de faire de la finance très appliquée à des actifs réels. Ça m’a beaucoup plu, mais le secteur de la construction était assez peu dynamique à l’époque.

J’ai alors rejoint EDF Énergie Nouvelle (aujourd’hui EDF Renouvelable) sur l’équipe financement de projet. Je pouvais appliquer les compétences apprises chez Vinci, mais dans un secteur nouveau pour moi : les énergies renouvelables. C’était 2012, encore les tous débuts.

Chez EDF Énergie Nouvelle, pouvez-vous nous donner un exemple concret de ce que vous faisiez ?

Je structurais les financements pour tous les projets en dehors de l’Europe et des États-Unis : c’était le moment où EDF voulait s’étendre à l’international.

Un de mes meilleurs souvenirs, ce sont les appels d’offres en Afrique du Sud. On travaillait avec un partenaire local, on a remporté trois projets éoliens parmi les premiers du pays, dans des communautés très touchées par les suites de l’apartheid. Il y avait un aspect justice sociale très fort, en plus de l’environnemental.

J’ai aussi beaucoup travaillé au Chili, sur un projet de 146 mégawatts dans le nord, sans contrat d’achat d’électricité, soit un financement très complexe à structurer car les banques n’aiment pas l’exposition au prix de marché. J’ai également travaillé en Inde, au Maroc. C’était vraiment mes meilleures années professionnelles, avec une diversité de projets et de marchés exceptionnelle.

Pour ceux qui ne sont pas familiers, pouvez-vous expliquer ce que signifie « structurer un financement de projet » ?

Le financement de projet, c’est lever de la dette au niveau du projet lui-même (une ferme solaire ou éolienne) auprès des banques. La particularité, c’est que ce sont des financements sans recours : si le projet se passe mal, la banque ne peut pas se retourner contre EDF pour réclamer la dette. Les banques regardent donc le projet sous toutes les coutures. Un contrat de dette pour ces projets fait 200 pages.

Il faut s’assurer que la société de projet a suffisamment de revenus pour rembourser, structurer le modèle financier, produire des reportings très rigoureux. L’idée, c’est qu’une fois le chèque passé, le projet vit avec ses propres revenus, sans que l’investisseur ait besoin de remettre au pot.

Rôle chez TotalEnergies et transition vers le Private Equity

Qu’est-ce qui vous a attirée chez TotalEnergies en tant que Vice-Présidente des activités renouvelables aux États-Unis ?

Total voulait lancer une filiale renouvelable aux États-Unis et m’a recrutée pour les aider à structurer l’activité. C’était une mission un peu entrepreneuriale au sein du groupe : monter un business, recruter l’équipe, chercher des projets, remplir les objectifs américains. J’y avais déjà beaucoup d’expérience en renouvelables depuis EDF, mais c’était l’occasion de la mettre au service d’une création.

Et qu’est-ce qui vous a ensuite poussée à rejoindre Generate Capital, un fonds de private equity ?

J’avais envie de voir autre chose après plusieurs années dans l’industrie (EDF, Total, de grands groupes français). Je voulais retrouver une coloration plus financière, qui était mon point de départ. Le business development m’en avait un peu éloignée.

Je voulais aussi découvrir une culture d’entreprise différente, apprendre, élargir mon réseau. Et puis ça faisait sept ans que j’étais aux États-Unis sans jamais avoir travaillé pour une entreprise américaine : j’avais envie de m’y exposer, de prendre un peu plus de risques.

Le secteur de l’infrastructure durable

Comment définiriez-vous le private equity infrastructure durable, et en quoi est-ce différent du private equity classique ?

Le private equity, ce sont des acteurs financiers qui lèvent des fonds auprès d’investisseurs institutionnels (fonds de pension, grands investisseurs) et investissent cet argent dans des projets ou des entreprises.

Generate Capital est une plateforme d’investissement spécialisée dans les infrastructures durables : ils s’engagent à investir dans des projets à impact positif. Ce qui les distingue du PE classique, c’est la vision long terme. Là où certains fonds cherchent à créer de la valeur rapidement et revendre avec une grosse plus-value au bout de 3 ans, Generate investit sur des horizons de 10, 15, 20 ans. L’objectif, c’est de détenir ses projets durablement, pas d’en sortir au plus vite.

Quels sont les défis principaux que vous rencontrez au quotidien dans ce rôle ?

Le gros défi en ce moment, c’est de lever des fonds. Le contexte est particulier : avec la nouvelle administration américaine, l’infrastructure durable n’a pas le vent en poupe. Il y a un moment de flou, les fonds ont plus de mal à lever qu’il y a quelques années.

Ensuite, une fois l’argent levé, il faut trouver les bons projets avec la rentabilité attendue et le bon profil de risque. Et le secteur des renouvelables est aussi un peu compliqué actuellement, avec beaucoup de projets mis en pause ou décélérés.

Quelle est votre vision du secteur dans 10 ans ?

Il y aura clairement beaucoup plus de capacités renouvelables et beaucoup plus de
véhicules électriques. J’espère qu’on aura résolu la question de la consommation électrique
des data centers et de l’IA, qui est aujourd’hui un gros point d’interrogation. Dans 10 ans, je
pense que ce sera une industrie vraiment très développée, très mature, très tournée vers
l’innovation et avec beaucoup moins de gaz, de pétrole et de charbon.

Sur la transition énergétique plus largement : comment la concevez-vous aujourd’hui ?

La transition énergétique évolue. Ce n’est plus simplement passer du charbon et du gaz vers les renouvelables. La consommation électrique augmente de manière démesurée : électrification de l’industrie, voitures électriques, data centers, IA. Aujourd’hui, les renouvelables seuls ne suffisent pas. Il faut combiner tous les moyens de production et faire en sorte qu’au global, l’impact carbone soit minimum, y compris en améliorant les centrales à gaz qui émettent de moins en moins de CO2, ou en développant des technologies de capture carbone. C’est l’innovation technologique qui permettra d’y arriver. C’est un défi plus complexe qu’il y a quelques années.

Travailler aux États-Unis

Avez-vous remarqué des différences culturelles importantes entre travailler dans des groupes français et dans une entreprise américaine ?

Les différences sont très grandes. Les Américains sont beaucoup moins directs dans leur manière de communiquer : il faut décoder les messages, comprendre les nuances, là où la culture française, surtout dans l’industrie, est beaucoup plus brute et directe. Et tout va beaucoup plus vite côté américain. Il y a une approche du risque très différente : beaucoup moins averse au risque, beaucoup plus fonceur et ambitieux. Parfois ça ne marche pas, mais ça crée une vraie dynamique.

ESE dans tout ça

Comment votre expérience à ESE a-t-elle influencé votre parcours ?

Je faisais partie du bureau des Mousquetaires, on n’était que trois. C’était vraiment très intense, surtout en jonglant avec la Chaire Entrepreneuriat Social à côté. Mais ça fait clairement partie de mes meilleurs souvenirs de l’ESSEC, parce que ces personnes sont devenues mes meilleurs amis. Sur le plan professionnel, ça m’a appris à me professionnaliser : comment me présenter vis-à-vis de parties externes, comment gérer une interface client, prendre des responsabilités. C’est un accélérateur de carrière, une expérience de consulting avant l’heure, dans un cadre bienveillant où l’on est entre
étudiants, très exigeants avec soi-même, mais où l’on s’entraide.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui vient d’arriver dans la structure ?

Tirer le maximum de l’expérience ESE, bien sûr. Mais aussi équilibrer ESE avec le cursus scolaire. Utilisez aussi toutes les ressources de l’ESSEC : les professeurs, les intervenants, le réseau. Et osez vous exposer à des expériences qui sortent de votre zone de confort, c’est là que vous apprenez le plus.

Nous remercions Anais Immas pour ce moment d’échange privilégié

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