#10 – Rencontre avec Pierre Guimard, Consulting Lead chez Google Cloud et alumni ESE

26 mars 2026
Pierre Guimard a occupé le poste de Chef de projet au sein d’ESSEC Direct Service (maintenant ESSEC Solutions Entreprises) en 1993. Après avoir été Consultant au sein d’Accenture et BCG, fondateur de Keley Consulting, il exerce actuellement la fonction de Lead consultant chez Google Cloud.
Pierre Guimard revient sur ses années à l’ESSEC et sa carrière.
Années à l’ESSEC
Quels ont été les moments forts de votre ESSEC ? Y a-t-il des cours, des expériences, des stages ou des rencontres qui ont façonné vos aspirations professionnelles ?
L’expérience chez EDS a été très enrichissante : elle m’a permis de comprendre ce que cela implique
de gérer une petite entreprise, et surtout ce que signifie « vendre ». Les cours de l’ESSEC ont
également été intéressants : bien qu’on ne porte pas toujours suffisamment attention aux
enseignements, ceux en marketing, microéconomie et data étaient particulièrement utiles.
De manière générale, mes rencontres ont été très stimulantes, que ce soit avec les étudiants, les
professeurs, etc.
Premiers pas vers le conseil
Pouvez-vous nous raconter vos premiers pas vers le conseil ? Qu’est-ce qui a guidé vos choix vers ce domaine ?
De manière générale, j’appréciais les problématiques rencontrées ainsi que le fait de rencontrer de
nouvelles personnes et de faire face à de nouveaux défis. C’est cette diversité qui m’a attiré dans ce
domaine. Pour être honnête, au départ, il y avait aussi l’envie de ne pas prendre de décision trop
rapidement. Enfin, le conseil était perçu comme un véritable accélérateur de carrière, et cela reste
toujours vrai aujourd’hui.
Après quelques années dans des gros cabinets de conseils tels que BCG ou Accenture quelles ont été vos motivations pour fonder votre propre cabinet de conseil ?
Avant de lancer ma propre entreprise, je souhaitais d’abord acquérir une expérience opérationnelle,
c’est pourquoi j’ai passé 5 ans à la Fnac. C’était à une époque où le site internet était en plein
développement, ce qui en faisait un environnement proche d’une startup. De plus, j’avais l’ambition
de manager des équipes. Cette expérience à la Fnac a renforcé mon désir de créer mon propre
cabinet de conseil. À l’époque, il n’y avait pas encore d’offre dédiée au e-commerce, mais suite à
l’éclatement de la bulle internet, une demande importante s’est progressivement manifestée.
Concrètement dans le processus d’entreprenariat :
La première année a été difficile. Cependant, notre positionnement s’est avéré judicieux, car nous
avions intégré à la fois la dimension business et la dimension technologie. Nous avions mis l’accent
sur le e-commerce. Très rapidement, notre taux de croissance a décollé, atteignant environ 37 % par
an de manière soutenue. En 10 ans, nous avons atteint 9,4 millions d’euros, et c’est à ce moment-là
que j’ai décidé de vendre mon entreprise.
Rôle au sein de Google
Qu’est-ce qui vous a attiré spécifiquement chez Google, et quels facteurs ont influencé votre décision de rejoindre cette entreprise ?
Chez Keley Consulting, nous étions l’un des premiers partenaires de Google sur Google Analytics, ce
qui m’a permis d’acquérir une très bonne connaissance de Google. Après avoir vendu mon
entreprise, j’ai ressenti le besoin de changer. Dans mon rôle actuel, je supervise des entreprises qui
migrent l’ensemble de leurs activités vers le cloud computing, ce qui implique d’importantes
transformations internes. L’objectif n’est pas seulement l’optimisation des coûts, mais également
l’innovation, rendue possible grâce au cloud. L’aspect innovation est crucial.
C’est passionnant d’être dans une entreprise leader mondial au moment où l’intelligence artificielle devient concrète. Le cloud computing représente un gain d’efficacité tel qu’il constitue une véritable opportunité pour les entreprises qui l’adoptent.
Concrètement, je noue des partenariats pluriannuels entre Google et des entreprises du CAC 40, je
construis des feuilles de route et je coordonne ensuite les ressources en consulting, tant chez Google
que chez les grands cabinets de conseil.
Quels sont les projets sur lesquels vous avez travaillé chez Google dont vous êtes particulièrement
fier ?
Tous les projets de migration technique ne sont pas toujours très attractifs. Cependant, ces projets
sont énormes, et il est très satisfaisant de former 2000 personnes aux nouvelles technologies, puis de
voir l’entreprise s’approprier ces outils et réaliser que nous apportions réellement de la valeur.
Le conseil
Selon votre parcours, quelles compétences et expériences pensez-vous importantes pour quelqu’un intéressé par une carrière dans le conseil ?
Il faut adopter une approche particulière : être à la fois créatif et analytique. Il est également crucial
d’avoir une vision ambitieuse pour le client. Être débrouillard est essentiel, et c’est d’ailleurs dans
cette optique que mon expérience à EDS m’a été particulièrement bénéfique. Il est aussi important
d’avoir la capacité de s’adapter rapidement à de nouveaux secteurs et d’être vite à l’aise avec les
enjeux spécifiques de chaque domaine. Ce métier est également un métier de contact et de vente.
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui aimerait débuter sa carrière dans ce secteur ?
À l’époque, c’était assez simple : après la prépa, le marché de l’emploi était très dynamique. Je pense
qu’il y a des fondamentaux à maîtriser, comme la finance, l’analyse de décision, et la stratégie
marketing, par exemple.
Ensuite, il est important de faire des stages, bien sûr. Il n’est pas nécessaire de les faire dans les plus
grandes entreprises, mais un stage dans le conseil peut être très bénéfique pour acquérir une
expérience solide.
Pouvez-vous nous parler de votre quotidien et votre métier de consultant : à quoi ressemblent vos journées ?
Les horaires effectués sont-elles si intenses qu’on le dit ? Arrivez-vous à trouver un équilibre entre vie pro et vie perso ?
Chez BCG, c’était très intense, mais je pense que les choses ont évolué, principalement parce qu’on
est désormais plus productif grâce aux outils bureautiques, notamment.
Dans ma propre société, le rythme était moins soutenu. Il m’arrivait parfois de travailler quelques
heures le week-end, mais ce n’était absolument pas systématique, plutôt occasionnel. Par ailleurs, je
suis fermement contre le travail de nuit. Je n’ai jamais ressenti de sensation de burnout, car il suffit
de s’organiser et de trouver un bon équilibre. L’essentiel, c’est d’être intuitif pour repérer les
éléments clés et ne pas perdre de temps à analyser des détails qui n’apportent pas de réelle valeur
au sujet.
Y a-t-il une différence notable entre le conseil en stratégie (BCG) et le conseil digital (Keley, Google) ?
Chez Keley Consulting, nous étions plus focalisés. Certaines missions que nous réalisions auraient pu
être faites au BCG, mais d’autres étaient vraiment axées sur l’aspect technologique. Nous faisions de
superbes business plans et de la stratégie, mais nous allions jusqu’au design du site web, ce qui
faisait notre force. Notre centre de gravité était davantage tourné vers le digital et l’opérationnel.
Une autre différence était qu’en conseil digital, nous ne travaillions pas directement avec les CEO des
entreprises du CAC 40, mais plutôt avec les directions marketing d’entreprises de taille plus modeste.
Toutefois, les méthodes restaient les mêmes que celles utilisées dans le conseil en stratégie.
Vous travaillez dans le secteur du conseil depuis une trentaine d’année. Quelles tendances majeures observez-vous sur celui-ci (digitalisation, IA, …) ?
Nous travaillons avec des consultants Google spécialisés dans l’expertise des produits, mais aussi
avec des partenaires comme Accenture, Capgemini, etc.
Je ne pense pas que le métier soit destiné à disparaître, mais il y a certainement de nouvelles
tendances à prendre en compte. Le consultant doit désormais être équipé d’outils basés sur l’IA
générative pour être réellement efficace.
Je crois que les modèles traditionnels ne sont pas obsolètes. Bien que certains cabinets cherchent à les supprimer, je trouve dommage d’abandonner les modèles pyramidaux avec des « juniors ». Le conseil va se moderniser, mais il ne disparaîtra pas. Il est également bien plus facile de se lancer en freelance aujourd’hui, ce qui aura un impact, mais je suis convaincu que les cabinets traditionnels continueront à avoir la plus grande force de frappe.
Quels sont, selon vous, les plus grands défis auxquels le secteur est confronté aujourd’hui ?
Je suis convaincu que les IA génératives vont redéfinir le paysage, ce qui entraînera un changement
dans les missions. Par exemple, Accenture a un modèle spécifique où plus de la moitié de ses salariés
sont en Inde, travaillant sur des missions de gestion déléguée par leurs clients. Je pense que ce
modèle pourrait être remis en question, car avec des outils comme Gemini, les gains de productivité
sont tellement importants que de plus en plus d’entreprises préféreront gérer ces tâches en interne.
Ainsi, il devrait y avoir beaucoup moins de missions d’externalisation à l’avenir.
ESE/EDS dans tout ça ?
32 ans après, qu’est-ce que votre passage à ESE/EDS vous a apporté ?
À l’époque, nous avions un gros chiffre d’affaires et nous n’avions peur de rien. EDS m’a donné la
capacité d’accepter des situations nouvelles : c’était vraiment challengeant. C’était une véritable
école pour apprendre à vendre, à manager et à s’organiser.
Lorsque j’ai créé mon entreprise, cette expérience a été la plus utile ! Moins que celle du BCG, qui a
été également très enrichissante et m’a apporté un label rassurant. En résumé, ce que je retiens
surtout de mon passage à EDS, c’est la débrouillardise : l’idée de produire quelque chose à présenter
au client, peu importe les circonstances.
Diriez-vous que votre passage à EDS vous a aidé à mieux comprendre la réalité du conseil avant de rejoindre Accenture/BCG ?
Oui, clairement ! Nous faisions aussi des études, nous gérions l’interface avec les clients, nous
tenions un planning, etc. C’était assez rudimentaire à l’époque, car nous n’avions pas de partage
d’écrans pour les rendez-vous avec les commanditaires, alors nous imprimions nos slides, que nous
projetions après les avoir plastifiées. Les premiers PC étaient là, mais ils étaient très lents.
Quelles étaient vos motivations pour rejoindre le cabinet de conseil étudiant EDS ?
Premièrement, j’ai toujours eu envie d’entreprendre mais il y avait aussi l’aspect financier : j’ai pu
payer une partie de mes études grâce à EDS.
Avez-vous un souvenir marquant de ces deux années à nous partager (une anecdote de bureau) ?
J’aimais beaucoup les repas au restaurant. Nous nous faisions plaisir avec de bons restos et nous
avons aussi vécu un super voyage au Maroc. Une mission marquante a été celle où nous avons dû
imprimer 5000 étiquettes à la demande d’un commanditaire (ce n’était pas si simple à l’époque).
Nous y avions passé des heures, ça a vraiment été un sacré défi.
Quelles relations entreteniez-vous avec le bureau plus vieux/jeune ?
C’est toujours très sympa de se voir, je suis notamment allé au gala à plusieurs reprises. Il y en a
certains que je croise parfois et je suis toujours très content de les croiser, nous avons l’impression
de ne pas avoir vieilli et le dialogue est directement renoué.
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un comme moi qui vient d’arriver dans la structure (pour maximiser leur expérience et en tirer le meilleur pour leur carrière) ?
Je pense que le plus important est de tirer le maximum de l’expérience ESE. C’est génial de travailler
avec plein de gens différents et sur des secteurs variés. Je conseille aussi d’utiliser toutes les
ressources de l’ESSEC, notamment les professeurs. Un autre conseil que j’aurais aimé suivre moi-même: équilibrer ESE avec le cursus scolaire de l’ESSEC. J’en ai vu beaucoup abandonner complètement les cours, et je ne recommande pas du tout cela.
Nous remercions Pierre Guimard pour ce moment d’échange privilégié
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